Un berceau industriel ancré dans la précision : l’horlogerie et la mécatronique
Du “petit Genève savoyard” à la vallée de l’Arve, foyer d’innovation
Vers 1720, en plaine période savoyarde, Cluses se transforme. Les premiers horlogers s'installent, souvent venus de Genève ou des vallées voisines frappées par la crise. Le climat, peu propice à l’agriculture extensive, pousse les habitants à travailler le métal pour améliorer leur vie et s’ouvrir à l’extérieur (Musée de l’Horlogerie et du Décolletage, Cluses).
Dès le XIXe siècle, sous l’égide de la “Réal”, école royale d’horlogerie fondée en 1848 (la première en France !), Cluses s’impose comme la « capitale française de l’horlogerie » avec ses montres, réveils et mécanismes raffinés. Les familles vivent au rythme des productions, l’atelier étant parfois installé à la maison, dans une pièce bien exposée à la lumière du jour. Le travail du métal, la minutie, la passion du « fait main » sculpte le caractère local.
- En 1860, plus de 150 ateliers d’horlogerie à Cluses et alentours.
- Dans l’entre-deux-guerres, plus des deux tiers de la population travaillait dans l’horlogerie ou des secteurs liés.
- Après 1945, la mécanique de précision prend le relais avec l’essor du décolletage : Cluses devient la plaque tournante européenne du secteur. (Source : CCI Haute-Savoie)
Aujourd’hui encore, la vallée de l’Arve concentre près de 300 entreprises de mécanique de précision, générant plus de 10.000 emplois autour de Cluses (Chiffres : Syndicat National du Décolletage).
Le décolletage : une réussite mondiale à l’esprit haut-savoyard
Le savoir-faire Clusien, c’est celui du décolletage : cette technique d’usinage de précision, née pour fabriquer des pièces d’horlogerie en quantité, se déploie depuis l’automobile jusqu'à l’aéronautique, la santé, le spatial. Chaque jour, on trouve, au cœur de Cluses et des villages voisins, les spécialistes de la micromécanique qui perpétuent cette tradition, l'améliorent et la transmettent.
- Des entreprises comme Somfy, NTN-SNR ou encore Léman Industrie sont devenues des fleurons français, rayonnant à l’international.
- Le lycée Charles Poncet, héritier de l’école d’horlogerie, forme toujours demain’s professionnels dans la mécanique et la robinetterie industrielle.
- Des startups et PME se spécialisent aujourd’hui dans la mécatronique de pointe et le numérique industriel.
L’industrie ne s’oppose pas à la montagne : à Cluses, les machines-outils sont conçues pour durer, « à la montagnarde », comme pour résister au froid, à l’isolement, et au rythme inégal de la saisonnalité.